Andrée VILAR

Andrée Vilar dans son atelier. Si l'appareil l'a saisie parmi ses créations récentes : plats, coupes, tables, panneaux et plaques pour décor mural, il reste que sa production ne s'arrête pas à ces deux types d'oeuvres, Les tons raffinés que crée Andrée Vilar en un mélange de matières douces et rugueuses sont toutefois inséparables de ses gra-phismes-formes,

Le renouveau de l'argile confiée au maître à surprises qu'est le potier, s'est accusé depuis quelques années avec la complicité d'un public qui s'enchante des trouvailles conjuguées de l'artiste et du feu.

Tout se passe comme si en balance avec tant de matières neuves aux noms étranges qu'on jetterait volontiers dans un poème sur-réaliste, le public instinctivement, trouvait bon de se raccrocher à ce qui lui paraît le soutien même de son équilibre, cette bonne vieille terre dont on lui a appris qu'il était fait.
Elle quitte les vitrines d'objets d'art ou les socles, où reposaient encore magnifiques et isolées, les pièces de nos céramistes du début du siècle, Elle revient dans nos mains, sur nos tables, s'inscrit dans nos murs, sous nos pas, reprend enfin un rôle familier de service et d'agrément du décor.
 

Faut-il redire ici qu'on ne peut que s'élever à ce propos contre la véritable entreprise de décadence du goût de l'acheteur, qui sévit en ce domaine ? Les efforts de nombreux artistes et artisans de métier sont submergés par une production industrialisée qui a pris pour tremplin le courant d'intérêt créé par les potiers de mérite, sans leur demander en échange - comme on peut le voir en Suède - la création de modèles de série d'une qualité esthé-tique indiscutable.

Il en résulte un avilissement des formes et des matières dont la laideur s'étale aux rayons des magasins de large clientèle, là justement où Francis Jourdain, réclamait que d'emblée prenne sa place, la beauté de l'objet utile. Le fait est d'autant plus navrant que cette production sordide s'impose à des prix qui égalent souvent ceux consentis pour des pièces uniques par les potiers,

Qu'apporte Andrée Vilar, à ce témoignage de la recherche et de la réussite dans l'art de transformer la terre commune en un objet unique ?

L'expression d'une force profonde et complexe servie par un métier solide.
Ce service que rend à l'artiste une technique sûre n'est pas négligeable, Andrée Vilar a derrière elle un passé de graphiste, de graveur même. Elle s'est pliée à des disciplines de travail sévères, de celles qui épuisent des élans moins affirmés... Et pourquoi ce choix de la terre pour donner libre cours à son besoin de créer ?

Si la valeur originale d'une oeuvre d'art livre les mouvements cachés de l'artiste, on peut dire que ce qui sort du four d'Andrée Vilar est la synthèse des grands courants qui se confondent dans sa propre personnalité.
 A la Suisse sont peut-être redevables ces chemins sûrs de gra-phiques enlevés comme au burin, des recherches de clartés et de matières lisses qui font penser aux masses des glaciers, à l'eau des torrents. A la Méditerranée, celle qui côtoie l'Espagne, sont apparentées des terres qui se retrouvent avec le toucher des coquil-lages, des perforations de madrépores, des formes comme adoucies par le balancement des vagues.
Les tons, en accord avec le caractère marqué du traitement de la matière, sont ceux des galets roulés, des rochers humides, des coraux, des coquilles, des trans-parences marines et de la peau des poissons.

Le sens graphique d'Andrée Vilar trouve un de ses meilleurs thèmes d'exploration dans la composition de panneaux à base de carreaux assemblés. Destinés au revêtement mural. ils devraient toujours être intégrés au plan du mur, former avec celui-ci une surface lisse, et non pas être traités à la manière d'un tableau encadré et suspendu au mur. L'architecture des pièces modernes se prête admirablement à cette solution, comme le montrent les croquis de l'artiste,
 

Composés sur le même principe du carreau (ceux de 0,30 m. de coté permettent de nombreuses interprétations d'application), des plateaux de tables, grandes ou petites sont étudiés par Andrée Vilar, comme aussi des carreaux de diverses grandeurs pour che-minées et autres éléments d'un décor adapté au caractère particulier de toute habitation.

Les pièces utilitaires ou décoratives isolées ne manquent pas toutefois dans l'atelier d'Andrée Vilar, et il ne nous paraît pas inutile de rappeler que selon la tradition des potiers, elle complète sa production spontanée par des études commandées pour des programmes bien définis allant de l'intégration à l'architecture aux plus simples éléments du décor de la maison et du service de la table.

 

Sources : Meubles et décors N°698 d'Octobre 1956