IL était une fois trois Mages qui vivaient dans le désert de leurs royaumes. Il y a des siècles de cela. Le jour, assis sous un cèdre, ils rendaient la justice et sépa-raient le blé de l' encens.
Le soir, ils enlevaient leur couronne parce qu'elle leur donnait une légère migraine et ils regar-daient les étoiles, plus nombreuses que leurs diamants.
Un soir où il neigeait sur tous les pays, sauf sur les leurs, une de ces étoiles fit un signe à ces rois qui étaient des rois de bergers, et les uns et les autres suivirent ce signe.
Et ils s'entretinrent pour la première fois d'un cadeau de Noël, qui serait le premier.
De la myrrhe ? dit Gaspard, c'est bien pharmaceutique. Et puis, cette étable a-t-elle besoin d'être parfumée ?
De l'or ? dit Melchior. S'il est l'en-fant que nous espérons, il sait déjà la valeur des deniers et il n'en comptera que trop.
Des moutons ? dirent les bergers. Il tette encore sa mère... Et c'est l'agneau de Dieu.
Alors les bergers et les Mages passèrent le temps dont les Evangiles futurs leur offraient la prémonition, et firent, longtemps avant Marco Polo, tout doux, le tour du monde.
Ils parvinrent ainsi à une grande forêt de sapins illuminée par des milliers de cierges, une forêt sans fin où se promenaient, entre les perce-neige, trois messieurs en redingote mordorée, M. Andersen et les frères Grimm.
Ceux-ci reconnurent les Rois Mages à leur teint qui tranchait un peu sur la neige et leur firent mille civilités. Et, avec beaucoup de respect, ils leur indi-quèrent comment trouver ce qu'ils cherchaient. Le matin de leur arrivée à Vallauris, il ne restait au ciel que leur étoile à eux.
Un adolescent sans âge, qui était pieds nus, vendait sur le pas de sa porte, des poteries.
Elles sont réfractaires, dit-il.
Moi je m'appelle Sébastien.
Ils entrèrent dans sa chambre, et là ils n'eurent que l'embarras du choix.
D'abord, ils virent leurs portraits, qui les surprirent beaucoup. Comme ils ne s'étaient jamais mirés que dans la mer Morte, ils ne s'imaginaient pas que leurs lèvres avaient cette moue gourmande et leurs yeux cette absence d'iris et cet étonnement peureux. et enchanté.
Ils ne se doutaient pas non plus que tant d'êtres puissent leur ressem-bler, être éblouis malgré la servitude hu-maine, ni garder dans la majesté l'innocence d'un chérubin.
Ils ignoraient encore la persistance de l'enfant dans l'adulte, que Sébastien leur révélait, et n'imaginaient pas que l'alliance pût être si heureuse du charme, de la virginité et de la barbe blanche.
Et, tout comme le santon qui passe la tête au « fenestroun » des crèches et lève le bras au ciel, ils étaient ravis.
Sébastien leur montrait une jeune fille, vêtue comme une vague, penchée sur un coeur tombé du ciel et qu'elle avait reçu dans les plis de sa robe, un coeur, têtard adorable, qui a déjà deux petites mains.
Sébastien leur montrait encore une verte petite sirène, gentil fretin, toute surprise, et un pauvre pêcheur à capuchon de bure, assis sur sa barque, portant à sa bouche, ou, vérité, un hareng saur et sec, ou, symbole, le poisson eucharistique.
Sébastien leur montrait tout ce qu'il avait médité, puis modelé, avec un tantinet d'humour et beaucoup plus d'amour, et qu'il avait instinctivement marqué du signe de la mélancolie du court bonheur.
Et, comme tout a une fin, même les contes, les Rois Mages quittèrent Vallauris en em-portant tout ce qu'ils avaient vu chez l'artiste aux pieds nus.
Arrivés à Bethléem, ils posèrent sur la paille, auprès de l'enfant Dieu, ces façons de jouets, et, avec eux, toute la tendresse de la terre qui avait pris figure grâce à Sébastien.
SEBASTIEN ( SEBASTIEN GABRIEL SIMONET Dit )