L'émail, cette matière vitreuse aux somptuosités rares, est un des éléments d'ordre décoratif qui sont en mesure de présenter les plus antiques lettres de noblesse. En effet,les tombes étrusques ont livré les spécimens de bijoux émaillés les plus anciens que nous connaissions.
Toutefois, c'est seule-ment au Ille siècle de notre ère que l'émail conquit vraiment droit de cité, et c'est en Gaule qu'il le fit. Les émailleurs cel-tiques nous ont laissé de nombreux témoignages de leur savoir -faire : agrafes de manteau, boucles de ceinture, etc.
Le métal qui servait alors de support à l'émail était le bronze.
A la chute de l'empire romain, l'art de l'émail se réfugia à Byzance. C'est de là que nous réimportâmes au moyen âge cet art cependant né sur notre sol.
Le moyen âge, comme il se trouva l'être pour le vitrail, fut aussi la grande époque de l'émail ; celle où il prit ses aspects les plus caractéristiques ; celle où se forma une technique qui, depuis, n'a guère varié.
L'art de l'émailleur consiste essentiellement à recouvrir une plaque de métal, cuivre rouge, argent ou or, d'une ou de plusieurs couches de poudres de verre diversement colorées par des oxydes de cuivre ou de fer qu'une rapide cuisson à feu vif transforme en un glacis vitrifié d'une grande dureté.
En partant de ce principe constant de vitrification sur métal, on distingue plusieurs sortes d'émaux, parmi lesquels les émaux « cloisonnés », les pre-miers en date et dont le règne va du Ille au XIIIe siècle ; les émaux « champlevés », du XIe au xve siècle, et qui touchèrent leur perfection au XIIIe siècle ; les émaux de « basse taille », qui s'échelonnent princi-palement sur le XIVe et le xve siècle ; et enfin les émaux « peints », qui firent leur apparition au xve siècle et assurèrent la réputation des artisans émailleurs de Limoges.
Or, l'art de l'émail peint est aujourd'hui malheu-reusement en décadence, malgré les efforts d'artistes de bonne inspiration comme le docteur Jouhaud et M. Bonnaud.
De leur côté, des artistes comme M. Serrière et Mme Martineau-Dausset, dont nous reproduisons quelques oeuvres, s'attachent à créer à Paris des oeuvres originales portant la marque de leur tempé-rament respectif tout en restant dans la ligne de l'orthodoxie du procédé.
généralement une plaque de cuivre rouge de quelques dixièmes de millimètre d'épaisseur.
Cette plaque est travaillée au marteau jusqu'à ce qu'elle acquière un certain bombé, sans cesser pour cela de porter sur tous les points de son pourtour.
Elle est ensuite chauffée à température modérée (500 degrés environ), puis décapée dans l'acide nitrique.
Elle subit alors une première cuisson entre 800 et 1.000 degrés, après avoir été revêtue préalablement, sur les deux faces, d'un « fon-dant » ou couche de fond constituée par une poudre de verre très fusible. On fait adhérer sommairement cette poudre au métal au moyen d'une solution très légère de gomme adragante.
Cette vitrification sur les deux faces de la plaque, alors qu'une seule sera travaillée ultérieurement, a pour but d'éviter le gauchissement du métal lors des successifs passages au feu.