IL faut quelquefois remonter aux sources mêmes des êtres pour définir l'orientation de leur art.
Nul doute que Gilbert Poillerat Décorateur-Ferronnier, né à la limite de la Beauce et de la Sologne, n'ait gardé des rapports avec l'aimable climat tourangeau.
Son oeuvre nous découvre sa sensibilité, ses goûts, puisés sous un des plus beaux ciels de France.
Sa voix tranquille nous fait entendre l'écho des plaines où court le ruban azuré de la Loire.
Rien de heurté dans le travail ni dans l'homme, Bien au contraire, une harmonie entre l'artiste et l'oeuvre.
Après l'école Boulle, d'où il sortit en 1921, et huit années passées chez Brandt tout jeune encore, ce qui veut dire dans la meilleure force de l'existence, le voici classé au premier rang des praticiens du fer.
Pourtant, ce n'est qu'après s'être consacré à la ciselure et à la peinture qu'il se passionna pour cet art. Demandez-lui le style qu'il préfère dans l'ornement du fer, Il vous répondra :
Le XVIIe siècle, car c'est l'époque qui animait les plus beaux ouvrages de ferronnerie. Un simple balcon, une rampe d'escalier portaient la marque de l'élégance et de l'esprit français.
C'est dans cet ordre que Gilbert Poillerat conçoit ses oeuvres, Les arabesques de ses balustrades l'ont fait connaître au public. Elles sont, comme une écriture ailée, traversées de souvenirs et de douces visions de l'enfance.
Ses hauts vantaux de bronze, décorés de motifs robustes et gracieux, tournent sans secousse.
On passe des heures à regarder ses dessins précis, ses recherches de chaque jour, dont nous regrettons qu'une partie aussi infime ait été réalisée.
C'est en examinant ces graphiques que l'on comprend le travail du créateur. L'escalier, la porte, le lampadaire, la table, Gilbert Poillerat les éclaire en décidant de leurs formes et de leurs volumes, car il ajoute à son art de décorateur les connaissances techniques de la forge.
Il est en effet essentiel que les plans soient cotés au millimètre, donnant tous les détails de construction de chaque ouvrage. La perspective, l'épaisseur, qui dans chaque dessin graphique échappent à l'oeil du profane, sont indiqués par des chiffres auxquels doivent se conformer le chef d'atelier et, sous ses ordres, les ouvriers ferronniers.
Ce travail du ferronnier proprement dit est sensiblement le même dans une grosse firme métallurgique. comme celle qui édite toutes les oeuvres de Gilbert Poillerat, et chez l'artisan ferronnier, bien que celui-ci ne possède pas le matériel indispensable à l'édition des grands ornements d'architecture.
Les barres, les profilés arrivent des laminoirs à l'usine, cette cité vibrante de martelage où les hommes, méthodiquement, rabattent, cintrent, percent, tournent, soudent à l'aide de puissantes machines actionnées par l'électricité. Là, les scieuses tranchent d'énormes barres de fer avec la même facilité que s'il s'agissait d'un vulgaire madrier.